Qu’est-ce qui se cache derrière le bonjour ? Quels sont les enjeux dans la relation professionnelle ? Que se passe-t-il quand une personne ne nous dit pas bonjour ?

Cet article est le fruit de mon expérience et d’une réflexion personnelle que j’ai mené ces dernières années en avançant dans les relations professionnelles que j’ai tissé autour de moi et par l’évolution de l’activité Movae. J’ai complété mes observations par des recherches documentaires sur le sujet.

Que veut dire bonjour ?

En recherchant la signification du terme « bonjour », voici les définitions[1] qui ressortent :

  • « Bonjour » est le terme de salutation que l’on utilise durant la journée, c’est une formule de politesse que l’on adresse à quelqu’un.
  • En tant qu’interjection, « bonjour » signifie « passez une agréable journée ».
  • En tant que substantif un « bonjour » signifie le salut en lui-même en tant que concept.[2]
  • La formule de politesse est écrite en deux mots dans des textes du XIIIe siècle. Plus tard, elle se substantive : « je vous donne le bon jour » ou « bien le bon jour ! ».
  • « Bonjour » est la forme masculine de « bonne journée ». La forme masculine est employée pour ouvrir le dialogue et la forme féminine sert à le conclure.
Dire bonjour au travail

Il est intéressant de voir dans cette précédente définition que « bonjour » signifie « passez une agréable journée ». Également que « bonjour » est la forme masculine de « bonne journée ».

Selon les termes de ces définitions, au-delà d’une simple formule de politesse enseignée dès le plus jeune âge aux enfants, il y a dans cette salutation, une intention bienveillante d’un individu vers un autre puisque « je souhaite une bonne journée à l’autre », en lui disant « bonjour ».

L’un des axes que je vous propose de découvrir tout au long de cet article concerne les enjeux dans l’acte de se dire « bonjour »…

Quels sont les enjeux derrière le bonjour ?

Au-delà d’être poli parce que j’ai appris des formules de politesse en étant enfant et que c’est de cette manière qu’il faut se comporter en société : qu’est-ce que nous véhiculons entre individus lorsque l’on se dit bonjour ?

Je vous propose ces quelques pistes de réponses :

  • Accueillir l’autre personne.
  • Signifier à l’individu que l’on prend en compte sa présence.
  • Reconnaitre l’existence d’une personne. Si je prends en compte la présence de l’autre, j’irai jusqu’à dire que je considère son existence ou en d’autres termes je reconnais son existence ici et maintenant dans la relation. L’autre est là, en face de moi, il arrive ou moi j’arrive et je prends connaissance de sa présence, je l’accueille et l’intègre dans ma sphère en lui disant bonjour.
  • Donner un signe de reconnaissance positif à l’individu. Selon les concepts de l’analyse transactionnelle, Eric Berne, son fondateur, s’est interrogé sur nos besoins vitaux. Par analogie à la nutrition, il les a appelés « soifs » en montrant ainsi à quel point ces besoins ou soifs, sont fondamentaux pour chaque individu : la soif de stimulation, la soif de reconnaissance, la soif de structure. Dire bonjour à l’autre c’est lui donner un signe de reconnaissance positif.
  • Souhaiter une bonne journée : lorsque je dis bonjour à une personne, je lui souhaite de passer une bonne journée. Cela ne signifie pas qu’il passera forcément une bonne journée mais dans tous les cas, la salutation « bonjour » intègre ce vœu, ce souhait que je fais à l’autre.  
  • Me sentir accueilli.e : lorsque j’arrive quelque part, à un rendez-vous professionnel, chez quelqu’un, dans un événement, dans un lieu public… l’interlocuteur qui me reçoit me voit et me dit bonjour ; il reconnait ma présence, mon corps physique en l’occurrence, je suis devant lui, à côté… et il me perçoit dans son champ de vision, dans son environnement ; il/elle me dit alors bonjour.
  • Créer la mise en lien : lors des communications écrites ; e-mails, réseaux sociaux, courriers, la salutation au-delà de la formule de politesse qu’elle représente, introduit le lien que je crée ou le lien que je continue à entretenir avec la personne à qui je m’adresse.

Ces différents enjeux dans le bonjour m’amènent à évoquer avec vous, les émotions qui traversent les individus lors de cette salutation.

Qu’est-ce que je ressens lorsque l’autre me dit bonjour ?

Comme je le disais précédemment, je me sens accueilli.e lorsque l’autre me dit bonjour. Entendons-nous bien ici ; cet accueil peut être fait de façon subtile et non consciente. C’est-à-dire que je ne me dis pas forcément à chaque fois que quelqu’un me dit bonjour ; « Génial je me sens accueilli.e dans son environnement, dans sa sphère, dans le lien, ou encore dans la relation »…. Néanmoins, nous verrons plus loin qu’à contrario sans ce bonjour, il y a un vide, un accueil qui n’est pas toujours réalisé et des émotions désagréables qui peuvent découler de cette situation.  

Lorsque je me sens accueillie par l’autre, je ressens potentiellement de la joie. Même si cette joie peut être subtile, il y a une émotion qui est plutôt agréable en moi, une émotion qui appartient à la famille de la joie comme par exemple le plaisir, l’enthousiasme, la sérénité, la bienveillance, la légèreté, la confiance, la sécurité, la sincérité.

Ma mère m’a enseignée qu’il était important de toujours dire bonjour même aux personnes avec qui nous étions en conflit, désaccord, ou en tension. Avec du recul, je suis plutôt d’accord avec cette position.

Lorsque je suis en conflit ou en désaccord avec une personne ; il s’agit de divergence de points de vue, ou de positionnements sur un ou plusieurs sujets. Cette divergence doit-elle prendre toute la place dans le lien, dans la relation jusqu’au point de ne plus dire bonjour à cette personne, de ne plus lui souhaiter de passer une bonne journée lorsque je la voie, lorsque je la croise, ou lui écrit ?

Et quand il n’y a pas de bonjour que se passe-t-il?

Pour l’avoir vécu à plusieurs reprises, je vous parlerai donc ici de ce qui s’est passé en moi, dans les situations où l’autre ne me disait pas bonjour. J’émettrai des hypothèses sur ce qui peut être vécu par d’autres individus.

Lors d’une expérience professionnelle au sein d’un grand groupe international, je travaillais dans un service composé de trois personnes ; nous étions deux assistantes et un manager. Ma collègue et moi étions déjà présentes au bureau chaque matin, puisque nous arrivions avant notre manager. Notre manager disait parfois bonjour, cela ne faisait pas partie de son rituel du matin lorsqu’il arrivait dans le bureau.

J’ai ressenti de la distance dans le lien, dans la relation avec ce manager. Il était dans sa bulle. J’ai ressenti parfois beaucoup de colère, d’injustice en moi, envers son comportement. Des pensées me venaient de type « mais pour qui se prend-il à ne pas dire bonjour à ses collaboratrices ? » « Il ne me dit même pas bonjour le matin et il faudrait que je travaille pour lui toute la journée ; je n’en n’ai pas envie ! ». Qu’est-ce qu’il est lunatique !…

Je ressentais une baisse de motivation, d’envie, d’engouement et d’engagement dans mon travail, pour le service. Je n’avais plus envie de travailler sous l’autorité de ce manager qui ne prenait même pas le temps, la peine de nous dire bonjour.

Il s’agit de mon retour d’expérience. Peut-être que d’autres personnes seraient passées outre ce type de comportements. Ou le lui auraient fait remarquer. Moi je n’en n’étais pas là… M’affirmer devant mon chef, lui dire ce que je pensais de son comportement était bien trop difficile pour moi à cette époque de ma vie…Et pourtant c’est ce que je propose d’aborder dans le chapitre : « Que faire lorsque l’autre ne dit pas bonjour ? »…

Quel lien existe entre le fait de dire bonjour et la qualité des relations professionnelles et plus largement le bien-être au travail ?

Par mon expérience personnelle vécue dans cette entreprise où notre manager ne nous disait pas bonjour quotidiennement, je fais un lien fort entre la capacité du manager à dire « bonjour » ou la façon dont un manager dit « bonjour » et l’engagement des collaborateurs.trices dans le travail.

Ces derniers.ères se sentiront respectées, accueillies quotidiennement grâce au bonjour du manager et des collègues, quelque soit le contenu du travail.

Le bien-être au travail est constitué de plusieurs composantes telles que :

  • la capacité pour un salarié de faire un travail de qualité,
  • réaliser des tâches variées et stimulantes
  • se sentir soutenu.e par ses collègues, sa hiérarchie,
  • se sentir respecté.e par ses collègues, sa hiérarchie,
  • être autonome dans certaines tâches et missions dans l’entreprise,
  • évoluer vers de nouvelles compétences
  • se sentir libre et en sécurité pour exprimer ses ressentis, ses idées,
  • se sentir écouté.e
  • concilier travail et vie personnelle

Dans un cas où un manager ne dit pas bonjour, mon expérience est que je ne me sentais pas respectée par ma hiérarchie, dans mon intégrité, en tant qu’être humain, vivante et travaillant dans son service, sous ses ordres.  

Que faire lorsque l’autre ne dit pas bonjour ?

Chaque individu dispose potentiellement de sa propre perception ou expérience au sujet de cette question.

Aussi, je vais vous présenter ce que j’ai décidé de faire sans pour autant vous dire qu’il s’agit d’une vérité absolue. Il s’agit de mon cheminement intérieur et de mes décisions.

  1. J’ai subi ! J’ai subi durant parfois quelques semaines, quelques mois ou mêmes quelques années les comportements de ces personnes qui ne me disaient pas bonjour principalement à l’écrit dans nos communications ou comme dit plus haut avec le comportement de mon manager. Je me suis même dit à un moment, que j’attirais les personnes qui ne disent pas bonjour !
  2. J’ai alors pris mon courage à deux mains. Je parle de courage car l’expression de mes émotions et la capacité à reconnaitre que mes émotions avaient le droit d’exister et d’être exprimées auprès de l’autre était pour moi un des exercices les plus difficiles dans ma vie… Voilà pourquoi le processus émotionnel a pris autant de temps à émerger dans certaines de mes relations. C’est aussi l’une des sources d’énergie qui m’a amené a développé Movae, Cabinet spécialisé dans les champs d’application de la santé et de la sécurité au travail ; accompagnement, formations professionnelles, ateliers, conférences prévention.
  3. Après avoir subi un certain temps, j’ai observé et je me résonnais en me disant que la personne allait changer d’elle-même. Je me trouvais des excuses pour ne rien dire à cette personne ; « ce n’’est pas grave après tout ce n’est qu’un bonjour ! ce n’est qu’un mot » je trouvais aussi des excuses aux personnes : « elle a du oublier », « cela doit être sa façon de se comporter avec les autres », il faut que je fasse avec, il faut que j’arrive à m’adapter, à passer outre… »
  4. Jusqu’au jour où j’ai pris cette décision : Je vais dire les choses. Je vais arrêter de subir des comportements qui ne me conviennent pas. Je vais arrêter de subir des comportements qui sont au-delà de ce que je suis en mesure d’accepter.  
  5. Je me suis appuyée à chaque fois sur le processus de la Communication NonViolente développée par Marshall B.Rosenberg selon la méthode OSBD : Observation, Sentiment, Besoin, Demande. Un des ouvrages qui m’a guidé est celui de Françoise KELLER : « Pratiquer la Communication NonViolente ». InterEditions. J’ai aussi eu l’occasion de coopérer et collaborer avec Anne-Gaël ERARD ; formatrice en Communication NonViolente pour concevoir et co-animer des ateliers autour de la gestion des émotions et des conflits.  Ces expériences m’ont soutenu dans ma capacité à développer la qualité de mes relations professionnelles.
  6. Voici comment j’ai exprimé ce que je ressentais auprès de ces personnes : Prénom… j’ai observé que lors de nos échanges, tu ne me dis pas bonjour, et je ne me sens pas respectée à ce moment-là dans notre relation, j’ai le sentiment d’être transparente, de ne pas exister. J’ai un besoin de politesse et de respect dans mes relations. Alors je te fais cette demande : de bien vouloir me dire bonjour, à l’avenir, s’il te plait. Quelle que soit la forme peu importe : salut (même si je trouve cela horriblement froid comme tournure !) hello, coucou, bonjour. Merci.
  7. J’ai eu des retours divers et variés : « dans mon secteur d’activité cela ne fait pas partie des rituels », « je suis déjà en lien avec la personne par la pensée, avant d’avoir pris le téléphone, ou écrit l’e-mail », « merci de me l’avoir dit ; grâce à notre échange, je fais maintenant attention à dire bonjour », « merci de m’avoir exprimé ton besoin, je veillerai à répondre au mieux à ta demande »…. Parfois des personnes m’expliquent être tellement dans l’activité quotidienne ; la réalisation d’un certain nombre de tâches, qu’elles n’ont pas conscience de ne plus/pas dire bonjour.

E-mails, textos, messageries virtuelles ; le bonjour est-il facultatif ?

Les nouveaux modes de communication ne sont pas, à mon sens, des excuses à avoir, à prendre, pour omettre cette salutation, pour oublier de dire bonjour à l’autre lorsque je lui écris ou lorsque je lui réponds.

Si un individu à une information à communiquer, une demande à faire et qu’il ne mentionne pas ce bonjour ; cela signifie qu’il se focalise sur son message, sur le contenu mais par sur la relation ou sur la mise en lien. Il oublie qu’en face il y a un individu qui va réceptionner et accueillir cette information ou cette demande. Avant d’émettre un message, l’émetteur ; celui qui envoie le message, s’adresse à un récepteur ; le destinataire du message.

La rapidité de transmission et de réponses à des messages via ces modes de communication numériques nous font parfois perdre de vue, oublier, qu’à l’autre bout il y a une personne réelle, avec son environnement, ses émotions, ses propres pensées, croyances… Et c’est là aussi tout l’intérêt du « bonjour », c’est une salutation universelle qu’elle que soit le rang social, le mode de communication, le langage, se dire bonjour avant de transmettre mon message, le contenu de mon message est une façon de reconnaître l’autre dans ce lien, dans la relation, avant de vouloir lui communiquer ce message.

Un salarié m’avait relaté qu’il ne répondait pas aux demandes qui lui étaient faites par e-mail, s’il n’y avait pas de « bonjour » en début de communication. Il boycottait ainsi la demande, c’était sa façon à lui de se positionner, de refuser le fait que l’autre ne dise pas « bonjour ».

Si des personnes se sont reconnues dans cet article, je souhaite que vous puissiez cheminer sur le sens et la façon dont vous dites « bonjour » ou que l’autre vous dit « bonjour » ou ne vous dit peut-être pas « bonjour ».

Je remercie tout particulièrement les personnes qui ne m’ont pas dit bonjour lors de nos échanges ces dernières années.

Grâce à ces personnes je me suis rendue compte à quel point la salutation était importante pour moi dans mes relations, dans ma mise en lien avec l’autre.

Je me suis aussi rendue compte à quel point je n’allais pas m’adapter à leurs comportements car c’était au-delà de qui je suis, de mes valeurs, de mon être. Que c’était bien trop me demander que d’accepter de bâtir un projet, une relation sans se dire bonjour lorsque nous nous écrivions ou lorsque nous étions amener à nous voir, à travailler ensemble.  

J’ai mis du temps à regarder ce que cela faisait à l’intérieur de moi. J’ai mis parfois aussi du temps : plusieurs semaines, plusieurs mois pour exprimer à ces personnes, mon inconfort dans la relation, ma gêne, mon besoin de politesse et de respect pour nourrir des relations professionnelles qui soient justes pour moi.

Je me sens aujourd’hui pleinement alignée dans le type de relations que je bâti et que je veux bâtir ; des relations saines, dans lesquelles je n’ai pas à m’adapter systématiquement, en permanence, au cadre de référence de l’autre, à sa façon à lui d’être en lien, d’être en relation avec moi.

Je me suis donnée la permission d’être présente dans mes relations et de vivre ces relations avec mes propres valeurs, mes limites, mes émotions, mes besoins et mes demandes.

Dans les ateliers et formations professionnelles dispensés par Movae, nous accompagnons avec nos partenaires, des salariés et des managers, en entreprise, dans la construction de relations professionnelles saines et de qualité.

Voici quelques uns de leurs retours :

  • Benoit HAVEZ, DRH de la BU GMS chez STEF : « Anne-Marie est toujours à l’écoute des besoins que je lui exprime, et sait trouver des solutions adaptées pour y répondre. Elle fait intervenir des professionnels expérimentés, qui savent mettre les groupes de stagiaires en confiance. Son champ d’expertises est large et je peux la consulter sur de multiples problématiques ou enjeux. »
  • Des salariés et managers s’expriment : « Très constructif, j’ai beaucoup appris. » « Beaucoup de choses à appliquer » « Vous avez su nous impliquer du début à la fin. » « Etre acteurs toute la journée, chouette ». « Très formateur, plus de mises en situations sur ce que l’on vit au quotidien »….

Nous sommes à votre écoute pour répondre à vos demandes via le formulaire de contact.

Anne-Marie Clémençon


[1] https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/bonjour/

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bonjour

Que dites-vous après avoir dit bonjour ? – Livre d’Éric Berne